SIÈGE SOCIAL DE L’OPH AQUITANIS

ZAC BERGES DU LAC / BORDEAUX

Consultation : 2009
livraison : 2013
surface : 5 000 m² SHON
montant : 7.5 M€ HT

responsable projet : Ana Manzanares
maître d’ouvrage : Aquitanis
architecte mandataire : platform architectures
architectes associés: Reichen et Robert & associes
b.e.t  structure : Khephren
b.e.t  fluide, thermique et environnemental : INEX
économiste : Economie 95

THPE EnR

Repérable depuis le pont d’Aquitaine, le nouveau siège social d’Aquitanis émerge crânement entre le lac et le parc d’activités commerciales de Bordeaux-Lac sur cette portion de sol gagnée dans les années 60 sur les marais du Nord de Bordeaux.

De loin, ce qui frappe c’est d’abord l’unité de ce bâtiment, mais une unité étrangement brouillée par une instabilité dont on ne perçoit les motifs qu’à l’approche du bâtiment : une enveloppe mécanisée et poreuse, rendue changeante par le jeu des lumières et des volets pivotants qui la façonnent, mais surtout une enveloppe tendue de lignes de cisaillement horizontales qui donnent à l’ensemble les traits nerveux d’une nuée d’orage.

Rien ne transparaît donc immédiatement de l’aspiration qui a véritablement guidé la conception du nouveau siège social d’Aquitanis : une aspiration assurément apollinienne mêlant mesure et maîtrise, où la rationalité constructive le dispute à la rationalité économique et à la rationalité écologique dans un égal souci de fonctionnalité, de pérennité et d’émotion. Rien donc, sinon déjà ce cube repérable, juché haut, et cette façade mécanisée, mais dont la rationalité n’est perceptible qu’une fois franchi le seuil du bâtiment.

Il importe donc d’approcher du bâtiment pour déjà saisir sa manière de prendre position en bordure du rond point qui donne accès au nouvel éco-quartier des berges du Lac (Ginko) :
- former un carré en équerrant l’assise du bâtiment : le long du futur parking-silo, d’un côté, et de l’autre, le long de l’avenue de desserte principale du parc d’activités commerciales – l’avenue des Quarante Journaux, qui abouche sur le rond-point ;

- ouvrir, à l’angle opposé, l’intérieur de la parcelle vers l’avenue de desserte du nouvel éco-quartier – l’avenue André Reinson, pour dégager l’accès au centre du carré où se trouve le hall d’accueil du siège social – lieu privilégié de représentation et d’échange avec le public.
Protégée du tourbillon urbain, la progression vers le hall et les espaces de travail se fait donc librement depuis la rue en glissant sous le volume largement soulevé des bureaux : visible depuis le nouvel éco-quartier, le hall amplement vitré manifeste ainsi, jusque dans son inscription urbaine, la volonté d’ouverture et de transparence de l’institution.
Une fois franchi le seuil, on comprend alors la place singulière qu’occupe le hall : lieu privilégié de représentation et d’échange, mais aussi lieu d’où se dévoile l’organisation concentrique du bâtiment autour d’un vide vertical monumental – vide majeur et fondateur du projet – dont l’éclairement zénithal accentue la verticalité : une colonne massivement lumineuse, sereinement carrée, entourée de coursives ouvertes à partir desquelles on gagne les espaces de travail distribués en périphérie, au plus près des façades et donc de la lumière.

Place singulière, car une fois le seuil franchi on comprend également le rapport de servitude fonctionnelle sinon formelle entre le vide monumental et la façade mécanisée : le bâtiment n’étant ni rafraîchi ni climatisé, il bénéficie d’un système passif de rafraîchissement nocturne lorsque les espaces de travail et l’atrium s’ouvrent pour créer un flux d’air frais intérieur : un procédé de maîtrise environnementale rendu possible seulement par la maîtrise de l’apport solaire que permet l’enveloppe mécanisée qui trouve là sa justification rationnelle : une rationalité écologique autant qu’économique et même constructive puisque cette enveloppe constituée d’éléments métalliques légers n’est pas structurelle : se glissant librement au-devant d’un volume cubique porteur fait d’une ossature béton parfaitement d’aplomb et tramée, l’enveloppe est maintenue en avant de ce volume par des barres de flèche qui règlent la position de l’enveloppe et assurent l’écart requis pour une meilleure maîtrise solaire et donc un meilleur confort. Un dispositif de régulation thermique donc, principalement, mais qui autorise parallèlement une écriture urbaine affranchie et troublante, assumant pleinement une inscription volontariste et repérable.

On comprend mieux ainsi le principe d’engendrement concentrique du bâtiment à partir du vide vertical jusqu’à la double enveloppe de façade : chaque anneau correspond à un élément de programme et constitue un intervalle différencié dans la progression vers les espaces de travail à la fois les plus protégés et les mieux exposés. Où l’on remarque qu’entre espaces de travail et atrium les coursives sont ici investies du rôle privilégié de mise en relation des personnes dans tout l’atrium : réponse simple à l’ambition d’éployer plus largement les relations de travail dans un programme tertiaire à forte valeur symbolique : car la création du siège d’un opérateur de logement social constitue un acte symbolique particulier, pour le public, pour l’opérateur même et ses employés et pour les différents partenaires de l’opérateur. Un acte qui mêle symbolique urbaine, architecturale et même écologique aux objectifs légitimes de fonctionnalité, de pérennité et d’économie de l’opérateur : ce que s’est attaché à fédérer et à unifier, en somme, le nouveau siège social d’Aquitanis.